(suite et fin)
Novembre arriva sur la pointe des pieds avec une énorme surprise. Tel le Père Noël, il déposa délicatement les vacances de Toussaint au début de l'hiver et reparti tout aussi discrètement. J'apprécie particulièrement les vacances de Toussaint parce que le début d'année est toujours exténuant. Et enfant pourri gâté que je suis, je sautai dessus avec gourmandise et les englouties d'une seule et même bouchée appétissante qui s'avéra écoeurante par la suite.
Mister Dea venait de son Manchester français pour voir des amis, profita de l'occasion pour me découvrir de plus près. Nous avons descendu et monté cent vingt-quatre marches, traversé deux métros, exploré un cinéma, un square, vingt-et-une rues, tournés trois fois en rond, longé le Parc du Luxembourg, croisé la jungle tropicale, n'avons pas réussi à nous perdre et nous sommes quittés, chacun se faisant engloutir par un tunnel différent.
Mais Novembre est égoïste et sa Toussaint, au bout d'un certain temps, il aime bien qu'on la lui rende. Et alors qu'on ne le soupçonnait pas d'un tel égocentrisme, il dévoila sa double personnalité : n'aimant pas les enfants pourris par le désir avide de cadeaux, mais vides de partage, il se vengea en un coup violent de fouet, faisant de fait dégringoler tout le bonheur du malheureux petit être sans défense - moi. C'est ainsi que mon château de cartes, que j'avais réussi à construire en entier après de nombreuses tentatives, s'écroula magistralement d'un coup d'un seul.
Je n'eus aucune nouvelle de Mister Dea pendant deux semaines et quatre jours. Et quand enfin j'en eus, c'était pour apprendre qu'une certaine Camille avait fait irruption dans sa vie. De plus, il était trop tard pour jeter les dés avec Alex. Et la forêt tropicale était envahie par des démons enragés qui refusaient une nouvelle construction de routes et qui, pour lutter, organisaient des réunions tribales excluant tout étranger. J'ai très vite attrapé la tourista.
Décembre étant un très bon ami de Novembre, il ne laissa pas l'action de ce dernier inachevée et souffla violemment d'un vent glacial qui balaya mes cartes d'une traite et pétrifia tout sur son passage. Plus de château, plus même de cartes. Plus de Mister Dea, plus même d'yeux bleus à l'horizon. Le désespoir du vide. La peur du précipice. Mes tentatives pour retrouver et récupérer mes cartes restèrent vaines.
Et ce n'est qu'aujourd'hui que je réalise que si j'avais osé lancer les dés, j'aurais plutôt construit un mur qu'un château de conte de fées et je serais dans les bras de mon Prince Charmant. A la place de quoi, je n'ai plus mes deux espèces de bouts de ficelle au poignet droit, je n'ai bientôt plus cours et je mange des plats tout prêts deux jours sur sept.
Il fait beau, le soleil brille et le vent brise les sentiments
écrits de poètes en vogue
tilt le 13-05-2008 à 19:56:18 #
Il faut que je laisse un commentaire, sinon ça voudrait dire que je suis passé à côté de ces articles qui, pour la première foi sans doute depuis le début de ce blog, sont bien plus que les jolis mots que nous avons l'habitude de savourer ici.
Cela dit, je ne sais même pas quoi écrire face à ces mots plein de justesse.
Je me contenterais de dire que ces articles, on les aura attendu, on les aura lu, et on les aura savourés pour leur sincérité...